Voilà deux semaines que je suis en petite robe d’été, sans soutien-gorge et parfois même sans culotte vu le nombre de fois que je l’enlève par jour. Non plus sérieusement, c’est dingue le bien fou que ça peut me faire d’être à l’autre bout du monde et vivre comme le pire queutard de la terre : mon mec en l’occurrence. Mon mec qui depuis 2 semaines me harcèle littéralement. Sexuellement pas encore mais littéralement. Du coup j’ai intensifié sa douleur en coupant mon portable environ 23h sur 24h et l’unique heure de la journée où il peut me joindre il pense que oui, il est près du but, je vais répondre, mais non… Et c’est avec délectation que je sirote, entre deux brasses, mon champagne ou mon cocktail devant cette piscine de 20 mètres de long, rattrapant 20 années de ma courte vie.

Le cap de « je baise avec un autre que Simon » n’a pas été facile. Avant de rencontrer Simon, j’étais plutôt coureuse ; je me rappelle des soirées à compter mon tableau de chasse et me creuser la tête des heures pour trouver le gars oublié, le vieux mec un peu lourd avec qui j’aurais baisé dans une pauvre soirée et qui m’aurait fait remporté la palme d’or du meilleur coup parmi mes copines. Simon m’aurait presque rendu ma virginité si je n’avais pas lu cette lettre.

Ce « je baise avec un autre que Simon » donc, c’était le second soir, avec le premier et seul partenaire à ma portée, l’aventurier Alex. J’ignore si c’est un compliment ou un blâme mais j’ai vite eu envie d’aller voir de plus près ce que les argentins me concoctaient, eux, dans leur caleçon. Non pas qu’un homme au job de rêve et à la galanterie sans égale ne me déplaise mais lui et moi avions d’autres chat(e)s à fouetter.

Donc, en deux semaines sur place, 10 soirées en bonne compagnie, 23 cosmopolitans différents goûtés, une dizaine de vins argentins comme boisson de résistance et près de 60 empanadas dévorés entre minuit et 6 heures du matin dans la chaleur de l’Argentine, j’ai baissé ma culotte … quatre fois quand même :

-       Alex : très (trop) rapide mais plutôt pas mal pour me remettre dans le bain du célibat. Deux heures de baise avec un lapin m’auraient sûrement jeté malgré lui et malgré moi dans le prochain avion pour Paris et mon enfer simonesque

-       Pedro : plus pour son prénom et son accent quand il parlait un français incompréhensible que pour son physique. Mais, pour plaider en sa/ma faveur, le cadre était magique : une villa dans la pampa avec piscine à débordement sur un lac. Près du lac, un lit à baldaquin et je crois que les trois seules européennes de la soirée que nous étions y sont passées. Grand business !

-       Matthieu : moins exotique, je vous l’accorde. En arrivant à Buenos Aires, j’ai retrouvé un ami du lycée, Léo, journaliste sportif ici depuis deux ans. Avec son groupe de potes expatriés, on est sortis dans une boîte pleine de jolies jeunes filles. J’ai choisi un français qui s’était fait brisé le cœur une semaine plus tôt par l’une d’entre elles. Je dirais que le français reste une valeur sure.

-       Alex : bon, quand même, on ne va pas se mentir. Je ne vais pas passer deux semaines avec ce mec hyper agréable sans lui faire une place dans mon lit frais. Et puis, avec le temps, le petit oiseau met plus de temps à sortir alors…

La suite ? On décolle pour Punta del Este, en Uruguay, demain avec ses amis. Et je compte bien obtenir le grand prix du jury en plus de la palme d’or.

« Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Pauline mais je ne suis pas disponible pour le moment. Pas non plus avant un mois environ étant en déplacement à l’étranger. N’hésitez pas à me contacter par mail et je tacherai de vous répondre au mieux. Merci, et à bientôt ! »

Je souris à la femme assise à côté de moi et détourne la tête en fermant les yeux. Quand je me réveille plusieurs heures plus tard, il fait nuit et les passagers sont presque tous endormis. Sur le siège devant moi se trouve Alex, l’inconnu avec qui j’ai décidé de partir à l’autre bout du monde. Il m’aura tout de même fallu près de quatre mois pour me décider à agir. Je n’ai pas pu le quitter. L’atrocité de cette lettre était telle que fuir après une dispute et, éventuellement, une réconciliation sur l’oreiller lui aurait fait trop plaisir. Toute femme normalement conçue aurait déchiré ce torchon, ou l’aurait mis en avant sur la table du salon et aurait plié bagages, trouvant refuge chez une amie, ses parents ou son ex.

Moi, je suis restée pétrifiée, une petite minute. Puis j’ai plié avec délicatesse cette lettre et je l’ai glissée dans mon agenda. Tous les matins depuis 4 mois, je la relis, essayant de trouver ce qui a pu pousser Simon à vouloir me confesser de telles choses mais surtout ce qui l’a poussé à ne plus me les confesser. Et le vivre aussi bien !

Ce soir, je suis dans un avion, lové dans ce fauteuil, sous cette petite couverture et j’écoute les bruits que fait un couple derrière moi : leur lune de miel s’annonce torride mais je leur dis tout de même avec un clin d’œil que s’ils arrivent à le faire dans les toilettes sans se faire un bleu je leur offre une coupe. Je repense à Simon et son insistance lors de notre dernier voyage… Si je n’avais pas accepté, il se serait fait l’hôtesse vous croyez ?

Je me plais à cette idée : Simon qui ne va pas tarder de rentrer du cabinet, étonné de ne pas me voir dans le canapé avec mon bouquin du moment et un verre de vin, Simon qui m’appellera après une heure d’attente et

Simon qui tombera sur la toute nouvelle messagerie que j’ai concocté à l’aéroport, aussi étonné que je l’ai été en trouvant ce bout de papier en boule dans la poubelle du composte il y a quatre mois.

J’ai rencontré Alex il y a trois jours, je ne connais de lui que son prénom, son goût pour le vin et les belles filles, qu’il consomme d’ailleurs avec la même voracité que Simon. La différence ? Alex semble ne pas s’en cacher. Samedi, alors que Simon était en déplacement dans je ne sais quelle ville de France pour un rendez-vous d’affaires qui a surement dû finir en parties de jambes en l’air (l’avocate s’appelle Nelly, si ce n’est pas un prénom de salope) j’ai été invitée à un dîner par un ami de la fac de droit. C’était l’occasion ! Là bas j’y ai rencontré cet homme atypique, en costume, ce nœud papillon absolument pas de circonstance  porté avec assurance m’a tout de suite inspiré une confiance mêlée de défiance qui m’ont tout de suite plu. Alors quand j’ai compris qu’en plus il était joueur, ça a finit de me séduire. Il m’a proposé de l’accompagner à Buenos Aires, entre deux coupes et comme si je pouvais refuser. Ce que j’aurais fait il y a quatre mois. Mais je me suis entendue accepter et quelques minutes plus tard un mail « Confirmation de votre réservation Air France » tombait comme par miracle dans mon téléphone.

Me venger de Simon en couchant avec un collègue ? Le quitter et pleurer devant un chocolat chaud chez ma meilleure amie ? Draguer son patron ou son père ? Me tourner vers mon ex ? Vous êtes loin du compte. J’ignore ce que Simon vous a dit sur moi mais Pauline sait comment s’y prendre pour passer à autre chose et l’opportunité que m’a donnée Alex a été saisie. Plutôt deux fois qu’une. Et Simon sera aux premières loges, je vous l’assure.

« Mon amour,

 Je tourne en rond depuis plus d’une heure dans notre appartement et je pense à toi, à nous. Je suis tellement comblé… Jamais en deux ans je ne t’ai écrit. Quelques petits mots dans un sac à main ou dans ton agenda. Ce soir, alors que tu es dans le train du retour, l’envie me prend soudainement.

 Je réalise à quel point je tiens à toi. Je voudrais que tu le saches, que tu en sois certaine à chaque instant de la journée, chaque fois que tu te réveilles la nuit. Tu me dis chaque soir avant de t’assoupir que tu m’aimes et jamais plus je ne me vois m’endormir sans ces trois mots. Si je ne réponds qu’une fois sur deux, c’est par timidité et par gêne. Non pas que je ne le pense plus. Bien au contraire ! Chaque jour, je t’aime davantage. Ta façon d’éteindre le radio-réveil le matin, avec ce geste doux alors que je voudrais l’exploser contre le mur, la manière dont tu enfiles ton soutien-gorge, ta voix quand tu es malade, tes ballerines argentées, ce réflexe de regarder Pretty Woman chaque dimanche pluvieux, tes cafés à la noisette que j’ai en horreur, la façon dont tu parles avec ta mère au téléphone et celle dont tu rigoles avec ton frère. Ta nuque, tes mains, ton odeur, ta nuisette, tes culottes en coton blanc. Toutes ces habitudes sont devenues les miennes et si elles disparaissent, je suis perdu.

 Nous avons tous des secrets. Il y a les secrets que je mettrai une vie à élucider sans y parvenir. Il y a les secrets qui rendent plus forts et ceux qui détruisent. Il y a les secrets qui sont dévoilés et ceux cachés à tout jamais.

Mon amour… Un secret me pèse ce soir mais j’ignore encore s’il fait partie de ceux à dévoiler ou s’il est préférable de t’épargner. Je t’aime de tout mon être mais parfois il me joue des tours. Tu connaissais mon secret lors de notre rencontre. La réputation dont mes amis, collègues et professeurs même me donnaient.

Tu m’as d’ailleurs avoué que c’est ce qui t’avait attiré vers moi, tu te souviens ? Après les six premiers mois d’idylle avec toi, le côté noir de Simon est revenu, petit à petit. Je t’ai trompé Pauline. Il n’y a pas d’autres mots pour décrire ce que je t’ai fait. Je t’ai trompé plusieurs fois, avec plusieurs filles.

Jamais je ne t’ai manqué d’amour pour le donner à une autre. Jamais je n’ai pensé à une autre fille que toi. Si j’ai connu toutes ces filles, si ces créatures m’attirent jusque dans leurs draps ou même les nôtres, ce n’était que pour le sexe. Jamais, jamais aucun sentiment pour celle qui me donnait son corps n’a pu être comparé à celui que je te porte. Il est incomparable et inchangé depuis le premier jour ma Pauline, ma chérie.

Aujourd’hui, je suis nu devant toi. Je t’ai dit la vérité parce que je suis persuadé, au plus profond de moi, que je ne pourrai plus vivre sans toi. Et que ce secret est de celui qui doivent se révéler. Je veux que tu sois, et pour toutes les années à venir, la première femme que j’aperçois et celle que je serre dans mes bras avant de rêver. Tu es faite pour moi et je suis celui qui te rendra heureuse tout au long de notre vie.

Seras-tu prête à me pardonner, Pauline ? Dis le moi, pardonne moi, aime moi et aide moi.

 Je t’aime tant,

 Ton Simon »

Cette lettre, je l’avais écrite dans un excès de tristesse et de culpabilité à l’appart alors que Pauline était en Province chez sa famille. A la fin du week-end, je l’avais bien évidemment jetée en ricanant quelque peu de ma bêtise. Mais Pauline, en sortant la poubelle ce matin, l’a découverte. Surprise de trouver du papier dans la poubelle du composte (elle fait le tri, moi non) elle l’avait défroissée et lue dans le hall de notre immeuble avant de partir travailler. Mais ça, je n’allais l’apprendre que bien plus tard. Une nouvelle Pauline allait naître sans que je ne perde un dixième de mon sang froid, ignorant et bien trop bête.